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CONCLUSION   Français malgré tout

Malgré cet antisémitisme ambiant parfois violent, citoyens français, les enfants juifs d'Algérie sont scolarisés, à partir de 1881 date des lois de Jules FERRY, dans l'enseignement public, ils sont recrutés dans l'armée, combattent pendant les guerres de 14-18 et de 39-45, investissent la fonction publique, électeurs, et élus, ils participent à la vie politique du pays.

Malgré plus tardivement, le pogrom d’août 34 à Constantine, durant lequel pendant deux jours l’armée et la police française laissèrent des Musulmans massacrer des familles juives, c’est à dire des citoyens français, sans intervenir [54], malgré Pétain et l'abrogation du décret Crémieux dès 1940 (vieille revendication des "antijuifs" depuis 1870), malgré cela, les Juifs d'Algérie dans leur "marche vers l'Occident", marche choisie de façon délibérée, continueront de faire confiance à "leur France", celle du progrès social, celle du Front populaire pour qui ils semblent avoir voté massivement, celle des idéaux de la Révolution française, celle qui les avait libérés de l'oppression : et plus de 90% d'entre eux (100 000 sur 120 000 environ) opteront pour la France en 1962.Pour la première fois dans l'histoire juive, des Juifs ont quitté massivement un pays[55], non pas parce qu'ils y étaient persécutés en tant que tels, mais parce qu'ils avaient considéré leur destin lié à celui des  Français qui partaient. C'est comme Français, de sensibilité politique radicale ou socialiste[56] qu'ils réagirent pendant la guerre d'Algérie, conscients des humiliations ressenties par les musulmans mais inquiets de leur sort dans une Algérie musulmane d'où serait partie la France. Contrairement aux autres Français d'Algérie qui dans leur majorité s'opposèrent toujours, et jusqu'à la fin, à une amélioration sensible de la condition des Arabes, en particulier en ce qui concernait leur représentation politique dans les différents collèges électoraux, les Juifs, par le biais de leurs organes de presse locaux, par les prises de position publiques de certains d'entre eux, s'engagèrent par exemple pour l'application du projet dit Blum/Violette, tentative parmi d'autres pour permettre une plus juste répartition des pouvoirs entre français et musulmans : en vain...

Pendant la Guerre d’Algérie, une minorité rejoignit le FLN, une minorité rejoignit l'OAS. Mais la majorité, inquiète, déchirée entre le refus des injustices faites aux Algériens, et le désir du maintien de la France en Algérie, subissait les "événements". C'est en tant que Français qu'ils quittèrent l'Algérie, c'est en tant que Français rapatriés qu'ils seront accueillis en France, partageant alors avec l'ensemble des rapatriés d'Algérie l'incompréhension, le désaveu, les qualificatifs de "colonialistes" et de « fascistes » de la part des Français métropolitains, parmi lesquels les Français juifs d’origine ashkénaze...

“ Colonialistes" pour les Français de métropole, ils seront considérés, et jugés comme "traîtres" en Israël, par un “tribunal ” de personnalités de tous bords, réuni pour apprécier la conduite de cette diaspora qui n'avait pas choisi l'alya...

Pour une fois d’accord avec ces Israéliens, les Algériens, dans leurs publications officielles et/ou universitaires, entonneront eux aussi le chant de la trahison des Juifs d’Algérie, qui avaient jusqu’au bout accepté le décret Crémieux[57] et revendiqué leur citoyenneté française…

Joëlle Allouche Benayoun